LACS D’ALTITUDE : PLUS PRÈS DES ÉTOILES
Il y a deux écoles dans la vie. Ceux pour qui les vacances consistent à rôtir horizontalement sur du sable en écoutant le beignet-man, et ceux qui estiment que le repos se mérite à la sueur du front. Si vous lisez ceci, c’est que vous appartenez à la seconde catégorie. Celle qui cherche l’air raréfié, le silence minéral et cette teinte de bleu si pure qu’elle en paraît artificielle. Bienvenue dans l’étage alpin, là où la crème solaire est une question de survie médicale et où l’eau ne pardonne pas aux frileux. Ce guide complet des lacs d’altitude en France classe, explique et compare les plus hauts lacs de montagne, des Alpes aux Pyrénées
⏱️ Le Casting Minute : Quel sommet aquatique viser ?
Pas envie d’analyser les courbes de dénivelé ? Voici la sélection express pour épargner tes neurones (mais pas tes mollets) :
- Le « Must-See » (la star des Alpes) : Le Lac d’Allos (Mercantour). Grand, beau, et aussi célèbre que la Tour Eiffel locale.
- L’outsider (charme nordique) : Le Lac des Truites (Vosges). Pour ceux qui aiment les sapins et les brumes mystiques.
- Le choix des puristes (l’effort pur) : Le Lac des Neuf Couleurs (Ubaye). Tu vas souffrir, tu vas jurer, mais tu seras seul au monde.
- Le choix confort (accessible) : Le Lac de Lamoura (Jura). On s’y gare, on mange du Comté, la vie est douce.
- La pépite visuelle (Instagram friendly) : Le Lac Blanc (Chamonix). Le Mont-Blanc s’y regarde le nombril, et c’est grandiose.
La question à 1000 mètres : C’est quoi un « lac de montagne » ?
Avant de sortir les piolets et de jouer aux aventuriers, mettons-nous d’accord. Géographiquement, un lac quitte le monde civilisé des plaines pour entrer dans la noblesse montagnarde aux alentours de 600 à 700 mètres d’altitude.
Ce n’est pas qu’un chiffre abstrait pour géographe à lunettes. C’est un seuil physique. C’est le moment précis où les feuillus capitulent face aux conifères, où l’eau passe de « fraîche » à « saisissante » (euphémisme pour « glaciale »), et où la probabilité de croiser une famille traînant une glacière à roulettes s’effondre. Les rives ne sont plus faites de sable fin, mais d’éboulis ou de pelouses rases. Bref, c’est là que les choses sérieuses commencent.
Le Podium : La guerre des sommets
Chercher le « plus haut lac de France », c’est s’exposer à d’interminables débats de clocher. Entre les flaques glaciaires qui s’évaporent en août et les barrages en béton armé, voici la hiérarchie pour briller au refuge ce soir.
1. Le patron absolu : Lac des Neuf Couleurs (Ubaye)
Lac des Neuf Couleurs : ici, même les cailloux sont calmes.
Si l’on parle d’un vrai lac, naturel et permanent, c’est lui le chef. Perché à 2 841 mètres dans le massif de l’Ubaye, il ne voit pas souvent la couleur d’un maillot de bain. C’est un monde minéral, austère, magnifique. L’oxygène y manque un peu, et le paysage ressemble à la Lune, si la Lune avait décidé de se mettre au vert émeraude.
📝 Fiche Pratique : Lac des Neuf Couleurs
- Massif : Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence).
- Altitude : 2 841 m (Le patron).
- Type : Glaciaire naturel.
- Accès Rando : Difficile. Départ de Fouillouse. Comptez +1000m de D+ (environ 6h A/R).
- Chiens : Autorisés (tenus en laisse par courtoisie, présence de troupeaux).
- Bivouac : Toléré (19h-9h). Attention, il fait très froid la nuit, même en août.
- L’avis du guide : C’est de la haute montagne. Ne partez pas en baskets. L’orage y est violent et sans abri. L’eau est souvent encore gelée début juillet.
💡 Minute Nature : Les challengers éphémères
Le réchauffement climatique rebat les cartes. De nouveaux lacs naissent chaque année au pied des glaciers en recul. Le Lac du Grand Méan (Savoie) dépasse les 2 850m. C’est techniquement plus haut, mais c’est un lac « pro-glaciaire » : instable, jeune et potentiellement capricieux. Même combat pour le Lac du Grand Fond (2 899m), qui porte bien son nom car on cherche encore la surface.
2. Le fantôme : Lac des Assiettes (Vanoise)
Vous le trouverez dans les vieux guides poussiéreux à 2 470 mètres. La réalité ? C’est aujourd’hui une magnifique… plaine herbeuse. On l’appelle un « lac fossile ». Il ne se remplit que très rarement à la fonte des neiges. Inutile d’y monter votre paddle, vous risqueriez de le rayer sur les cailloux et d’avoir l’air idiot.
3. L’ingénieur ambitieux : Lac de la Sassière (Tignes)
Lac de la Sassière : L’homme et la nature, match nul.
L’homme a parfois la folie des grandeurs. À 2 461 mètres, ce barrage hydroélectrique est l’un des plus hauts plans d’eau artificiels d’Europe. C’est beau, c’est immense, mais la digue en béton nous rappelle que même à cette altitude, EDF veille au grain.
📝 Fiche Pratique : Lac de la Sassière
- Massif : Vanoise / Tignes (Savoie).
- Altitude : 2 461 m.
- Type : Barrage hydroélectrique.
- Accès : Facile. Large piste carrossable (interdite aux voitures, mais facile à marcher). Idéal familles.
- Chiens : STRICTEMENT INTERDITS. Vous êtes dans la Réserve Naturelle de la Grande Sassière. Même en laisse, c’est non.
- Bivouac : Interdit dans la Réserve.
- L’avis du guide : C’est le paradis des marmottes, elles sont grasses et peu farouches. Le barrage casse un peu l’ambiance « sauvage », mais les pics alentours rattrapent le coup.
Le Roi incontesté : Le Lac d’Allos
Si les précédents sont des records techniques, le Lac d’Allos est le record émotionnel. C’est officiellement le plus grand lac naturel d’altitude d’Europe. Imaginez 54 hectares d’eau (l’équivalent de 75 terrains de foot, pour les sportifs de canapé) posés à 2 228 mètres.
Le lac d’Allos : La carte postale idéale existe.
Situé dans le Parc National du Mercantour, c’est la perfection faite paysage. Trop parfait ? Peut-être. L’été, la fréquentation y est dense, mais le site impose le silence. Avec une profondeur de 50 mètres, ce n’est pas une pataugeoire. C’est un sanctuaire où les marmottes vous jugent silencieusement pendant que vous reprenez votre souffle dans la montée.
📝 Fiche Pratique : Lac d’Allos
- Massif : Mercantour (Alpes-de-Haute-Provence).
- Altitude : 2 228 m.
- Dimensions : 54 hectares / 50m de profondeur.
- Accès : 45 min de marche (facile) depuis le parking du Laus.
- Chiens : INTERDITS. Cœur du Parc National. Pas d’exception.
- Baignade : Interdite (protection du biotope).
- Bivouac : Interdit sur les rives.
- L’avis du guide : Le vrai challenge n’est pas la marche, c’est le parking ! L’accès voiture est payant (10€) et sur réservation obligatoire en saison. Réservez votre place des semaines à l’avance ou montez à pied depuis le bas (3h de marche).
Tour de France des toits régionaux
Le snobisme alpin a ses limites. Pas besoin de viser les 3000 mètres pour prendre de la hauteur. Chaque massif a son champion local qui mérite le détour.
| Massif | Le Champion | Altitude | L’ambiance en deux mots |
|---|---|---|---|
| Pyrénées | Lac Glacé (Vignemale) | 2 588 m | Minéral & Sauvage. Le nom n’est pas une blague. |
| Massif Central | Lac de Guéry | 1 244 m | Volcanique & Paisible. Le plus haut lac naturel d’Auvergne. |
| Jura | Lac de Lamoura | 1 156 m | Sibérien & Doux. Le toit du Jura, paradis du ski de fond. |
| Vosges | Lac des Truites (Forlet) | 1 061 m | Mystique & Sombre. Entouré de sapins, digne d’un conte de Grimm. |
Zone de Confort : Plaines et Piémont (0 – 600 mètres)
Ici, nous sommes dans le royaume de la facilité. C’est l’étage collinéen, la « Business Class » du lac. Pourquoi ? Parce que l’eau y est clémente (on y rentre sans pousser de petits cris stridents), les parkings sont goudronnés et la probabilité de trouver une glace à la vanille à moins de 50 mètres frôle les 100%.
Les Géants des Landes : L’illusion maritime (15m – 25m)
Dans le sud-ouest, on a longtemps cru que pour avoir de l’eau à perte de vue, il fallait l’Océan. Faux. Juste derrière les dunes, bloqués par le sable, dorment des colosses d’eau douce. Ils sont techniquement « en altitude » (environ 15 à 20 mètres, ne riez pas), ce qui est suffisant pour ne pas être salés.
- Lac d’Hourtin et de Carcans (33) : Le patron. C’est le plus grand lac naturel d’eau douce de France. C’est plat, c’est vaste, et ça sent la résine de pin chauffée au soleil.
- Lac de Cazaux et de Sanguinet (33/40) : Le refuge. Quand l’Atlantique est en colère et souffle ses bourrasques, Cazaux reste d’huile. Idéal pour les familles qui veulent éviter de perdre un enfant dans un rouleau.
Le Trio Alpin : La Riviera des Montagnes
Attention, ici on change de standing. Nous sommes en Savoie et Haute-Savoie. Le décor est colossal (les montagnes tombent dans l’eau), mais le climat est quasi-méditerranéen. C’est le compromis parfait : la vue de l’Himalaya avec la température de la Côte d’Azur.
Lac d’Annecy : L’eau est si claire qu’on y voit son propre reflet (et son narcissisme).
- Le Lac du Bourget (231 m) : Le romantique. C’est le plus grand, le plus profond, celui chanté par Lamartine. Avec ses 145 mètres de fond, c’est une inertie thermique monstre : il garde la chaleur et adoucit toute la région.
- Le Lac d’Aiguebelette (361 m) : L’écolo. Surnommé le « lac émeraude », c’est une petite merveille de tiédeur. Pourquoi ? Parce que les moteurs thermiques y sont interdits. Pas de sillage de hors-bord, juste le bruit des rames.
- Le Lac d’Annecy (447 m) : Le mondain. Un peu plus haut que ses cousins, il est aussi plus frais au petit matin. C’est la carte postale absolue. Ici, le paddle se pratique avec élégance et le mètre carré coûte plus cher qu’un rein.
L’Étage Montagnard : La « Zone Verte » (600m – 1800m)
Passé la barre des 600 mètres, l’ambiance change. Vous quittez la civilisation du maillot de bain pour entrer dans celle de la polaire légère. Les feuillus laissent place aux sapins, l’air devient « vif ». C’est la moyenne montagne : assez sauvage pour déconnecter, assez accessible pour ne pas nécessiter un stage de survie.
🌡️ Le thermomètre ne ment pas
Petit rappel de physique pour votre baignade : on perd en moyenne 0,65°C de température de l’air tous les 100 mètres d’élévation. À 1000 mètres, l’eau chauffe moins vite. Conséquence ? On y croise moins de baigneurs statiques et plus de truites fario, qui adorent cette eau oxygénée.
Le Jura : Le petit Canada français
Le plateau jurassien est un gruyère (sans jeu de mots) rempli d’eau. C’est une ambiance nordique, feutrée, où l’on s’attend à voir surgir un élan (ce sera probablement une vache Montbéliarde, mais l’idée est là).
- Le Lac de Bonlieu (803 m) : Le ténébreux. Encaissé, bordé de falaises, ses eaux sont sombres. C’est le lac des introvertis et des poètes.
- Le Lac d’Ilay (777 m) : Le trompe-l’œil. On l’appelle le « Lagon » car ses fonds calcaires donnent à l’eau une couleur turquoise digne des Caraïbes. Sauf qu’à 800 mètres dans le Jura, l’eau n’est pas à 29°C. Méfiez-vous des apparences.
Lac de Bonlieu : Le calme absolu.
L’Auvergne : Les cercles de feu éteints
Monter voir un lac en Auvergne, c’est souvent monter voir un ancien volcan qui a mal tourné (ou bien tourné, selon le point de vue). L’altitude ici ne se traduit pas par des pics acérés, mais par des plateaux venteux.
- Le Lac Pavin (1 197 m) : Un cercle presque parfait de 92 mètres de profondeur. C’est un « maar » (cratère d’explosion). L’eau y est sombre, mystérieuse, peuplée de légendes et d’ombles chevaliers qui vivent dans les abysses.
- Le Lac de Guéry (1 244 m) : Le toit de l’Auvergne aquatique. À cette altitude, la forêt commence à s’essouffler pour laisser place aux estives. On y pêche au trou en hiver, comme en Laponie, ce qui en dit long sur la température ambiante.
Lac Pavin : Un rond parfait dans le paysage.
L’Étage Alpin : Le miroir des cimes (1800m – 2500m)
Passé la barre des 1800 mètres, la nature arrête de faire semblant. Les sapins, fatigués par l’hiver, jettent l’éponge. Vous entrez dans un monde minéral, brut, où l’eau n’a plus d’ombre pour se cacher. C’est l’étage alpin, celui des cartes postales et des mollets en feu.
Les superstars photogéniques
Ici, les lacs ne servent pas à se baigner, mais à doubler la beauté du paysage par réflexion. C’est le narcissisme des montagnes.
- Le Lac Blanc (Chamonix – 2 352 m) : C’est la Joconde des Alpes. Tout le monde veut le voir. Face au massif du Mont-Blanc, il offre le reflet le plus cher du monde. Attention, il est souvent encore en mode « granité » (partiellement gelé) début juillet.
- Les Lacs des Chéserys (2 100 m – 2 250 m) : L’astuce locale. Situés juste en dessous du Lac Blanc, ils sont souvent moins fréquentés et offrent des reflets plus nets car moins soumis à la brise. C’est le choix du photographe malin.
Le Lac Blanc : Plus beau qu’un fond d’écran Windows.
Les Pyrénées : Le vertige vertical
Dans les Pyrénées, l’ambiance est plus abrupte, plus « brute de décoffrage ». Les lacs sont souvent des verrous glaciaires, bloqués par des murailles de pierre.
- Le Lac de Gaube (1 725 m) : Accessible après une petite marche depuis le Pont d’Espagne (ou un télésiège pour les tricheurs assumés), il vous place directement au pied du Vignemale. C’est spectaculaire, facile, donc fatalement peuplé.
- Le Lac d’Oô (1 504 m) : Un nom parfait pour le Scrabble. On y vient pour sa cascade de 275 mètres qui se jette dans le lac comme une fuite de plomberie céleste.
Lac de Gaube
🥾 Accessibilité : La sélection naturelle
Soyons clairs : à cet étage, la voiture reste au garage (sauf rares exceptions). Le prix d’entrée se paie en sueur : comptez 2h à 4h de marche. Si vous croisez quelqu’un en tongs ici, c’est soit un sherpa égaré, soit un futur client pour l’hélicoptère du PGHM.
L’Étage Nival : L’eau en sursis (> 2500m)
Bienvenue sur une autre planète. Au-delà de 2500 mètres, c’est l’étage nival. Ici, l’été est une brève parenthèse de trois semaines entre deux tempêtes de neige. L’eau a une couleur étrange, laiteuse, un turquoise opaque dû à la « farine glaciaire » (de la roche broyée en suspension).
- Le Lac des Neuf Couleurs (2 841 m) : Le silence absolu au pied de l’Aiguille de Chambeyron.
- Le Lac de la Ponsonnière (2 565 m) : Dans le massif des Cerces, ce lac offre une vue imprenable sur les Écrins. C’est le genre d’endroit qui vous fait vous sentir tout petit.
Lac de la Ponsonnière
⚠️ Avertissement : Ce n’est pas Aqualand
La baignade ici relève de la médecine légale (hypothermie rapide). De plus, l’écosystème est lent et fragile. Une crème solaire ou un besoin naturel mal géré met des années à disparaître. On regarde, on frissonne, on redescend.
Le Palmarès : Top 20 des Lacs de France par Altitude
Pour les amoureux des classements Excel et les collectionneurs de sommets, voici la « Data » brute. Où irez-vous planter votre bâton de marche cet été ?
| Rang | Nom du Lac | Localisation | Altitude | Type | Accès |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Lac du Grand Fond | Alpes (73) | 2 899 m | Naturel | Rando (Difficile) |
| 2 | Lac du Grand Méan | Alpes (73) | 2 855 m | Pro-glaciaire | Rando (Difficile) |
| 3 | Lac Blanc | Alpes (73) | 2 850 m | Naturel | Rando (Difficile) |
| 4 | Lac des Neuf Couleurs | Alpes (04) | 2 841 m | Naturel | Rando (Difficile) |
| 5 | Lacs Verdet | Alpes (73) | 2 727 m | Naturel | Rando (Moyenne) |
| 6 | Lac du Santel | Alpes (73) | 2 718 m | Naturel | Rando (Moyenne) |
| 7 | Lac Brulet | Alpes (73) | 2 697 m | Naturel | Rando (Moyenne) |
| 8 | Lac Glacé du Port d’Oô | Pyrénées (31) | 2 664 m | Naturel | Rando (Difficile) |
| 9 | Lac Noir | Alpes (73) | 2 619 m | Naturel | Rando (Moyenne) |
| 10 | Lac Glacé d’Estom-Soubiran | Pyrénées (65) | 2 569 m | Naturel | Rando (Difficile) |
| 11 | Lac du Portillon | Pyrénées (31) | 2 550 m | Barrage | Rando (Difficile) |
| 12 | Retenue de la Sassière | Alpes (73) | 2 461 m | Barrage | Piste (Facile) |
| 13 | Lac de la Partie | Alpes (73) | 2 456 m | Naturel | Rando (Moyenne) |
| 14 | Lac des Cerces | Alpes (73) | 2 410 m | Naturel | Rando (Moyenne) |
| 15 | Lac Blanc | Alpes (74) | 2 352 m | Naturel | Rando (Moyenne) |
| 16 | Lac des Vaches | Alpes (73) | 2 318 m | Naturel | Rando (Moyenne) |
| 17 | Lac de Migouélou | Pyrénées (65) | 2 278 m | Barrage | Rando (Difficile) |
| 18 | Lac d’Oncet | Pyrénées (65) | 2 254 m | Naturel | Rando (Facile) |
| 19 | Lac d’Allos | Alpes (04) | 2 228 m | Naturel | Rando (Facile) |
| 20 | Lacs des Chéserys | Alpes (74) | 2 211 m | Naturel | Rando (Moyenne) |
Biologie et Physique : Pourquoi l’altitude change tout ?
L’altitude agit comme un videur de boîte de nuit très sélectif. Plus on monte, moins il y a de monde (poissons compris).
Le Choc Thermique
Vous vous souvenez de la règle ? -0,65°C tous les 100 mètres. C’est implacable.
- 0 – 600 m (Zone Club Med) : 23°C – 26°C. C’est la fête, tout le monde se baigne, l’eau est trouble et vivante.
- 600 – 1500 m (Zone Wim Hof) : 18°C – 21°C. Ça picote, mais ça circule. C’est tonique.
- > 1800 m (Zone Cryothérapie) : 10°C – 14°C max au cœur de l’été. L’eau coupe le souffle. Si vous y restez plus de 10 minutes sans combinaison, vous avez un problème de thermorégulation (ou un ego surdimensionné).
La Sociologie des Poissons
Sous la surface aussi, la lutte des classes fait rage :
- Le prolétariat de plaine : Gardons, brochets, perches. Ils aiment l’eau tiède, vaseuse et riche. Ils ne supporteraient pas la vie là-haut.
- La bourgeoisie de rivière : La Truite Fario. Elle exige de l’oxygène, du courant et de la fraîcheur. Elle tient le coup jusqu’à 2000m.
- L’aristocratie des glaces : L’Omble Chevalier et le Cristivomer (Truite grise). Ce sont des vestiges de l’ère glaciaire. Ils vivent dans le noir, le froid et la pression, méprisant la chaleur vulgaire des plaines.
Questions fréquentes (pour ne pas passer pour un touriste)
🚗 Peut-on battre des records d’altitude en voiture ?
Oui, tricher est possible. Le paresseux malin ira au Lac de Cap de Long (Pyrénées). La route vous dépose à 2 160 mètres sans une goutte de sueur. Dans les Alpes, visez le Mont-Cenis (1 974 m) pour un accès direct au sublime sans l’effort.
Peut-on se baigner dans le Lac d’Allos ?
Non. C’est un sanctuaire, pas une piscine municipale. Vous n’aimeriez pas qu’on vienne se laver dans votre salon ? Les truites et les gardes du parc non plus. C’est interdit pour protéger l’eau pure des filtres UV chimiques de vos crèmes solaires.
Pourquoi cette couleur bleue « Canard WC » ?
C’est moins chimique que ça en a l’air. Il y a deux recettes. Le bleu sombre, c’est la profondeur et la pureté (l’eau absorbe le rouge du spectre lumineux). Le bleu turquoise laiteux, c’est la « farine de roche » : des particules microscopiques arrachées par les glaciers qui restent en suspension et réfléchissent la lumière. C’est de la poussière de montagne, tout simplement.
L’eau est cristalline, je peux remplir ma gourde ?
Méfiance absolue. Elle a l’air pure, elle est glacée… mais elle a probablement traversé un pâturage à moutons ou à vaches juste au-dessus. Sauf si vous voulez tester la résistance de vos intestins à la bactérie E. coli pendant la descente (spoiler : ça finit mal), utilisez toujours une pastille purifiante ou une paille filtrante. La gastro à 2000 mètres, c’est un souvenir dont on se passe.
Peut-on planter la tente au bord de l’eau ?
C’est le rêve : ouvrir la tente face au miroir des cimes. La réalité est juridique. Dans les Parcs Nationaux (Vanoise, Mercantour, Ecrins, Pyrénées), le « camping » est interdit, mais le « bivouac » est souvent toléré (petite tente, montée après 19h, démontée avant 9h). Ailleurs, c’est au cas par cas. Règle d’or : si vous laissez un déchet (même « bio »), vous n’avez rien compris à l’esprit des lieux.
Je suis monté en juin et le lac était blanc. Pourquoi ?
Bienvenue dans la réalité de la montagne. On appelle ça la « débâcle ». À haute altitude (> 2200m), la glace ne cède parfois qu’à la mi-juillet. Venir trop tôt, c’est risquer de voir une grande patinoire molle plutôt qu’un lagon turquoise. Renseignez-vous auprès des gardiens de refuge avant de monter si vous voulez voir du bleu.
Y a-t-il des moustiques là-haut ?
C’est la meilleure nouvelle de cet article. Passé 1800-2000 mètres, ces vampires volants déclarent forfait (trop froid, trop de vent, nuits trop fraîches). Vous pouvez enfin pique-niquer sans vous taper frénétiquement sur la cuisse. Attention par contre aux taons près des troupeaux, qui eux, sont carrossés comme des tanks tous terrains.
Le mot final : Ce qu’il faut retenir de l’Altitude
Au fond, classer les lacs par altitude, c’est mesurer notre propre rapport à la nature. En bas, nous la consommons : on s’y baigne, on y navigue, on l’aménage. En haut, nous la contemplons avec humilité. L’altitude remet l’humain à sa place : celle d’un visiteur essoufflé, toléré le temps d’une photo, face à des eaux qui étaient là avant nous et qui gèleront encore longtemps après notre départ. Alors, choisissez votre étage, lacez vos chaussures, mais n’oubliez pas : là-haut, le seul vrai luxe, c’est le silence.
🧭 Pour aller plus loin : Continuez l’ascension
Vous avez aimé l’air pur ? Voici de quoi prolonger l’expérience ou trouver une alternative si l’eau à 12°C vous a refroidi :
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🥾 Vous aimez marcher ?
Puisqu’il faut suer pour les mériter, découvrez notre guide des Lacs spécial Randonnée. -
🏔️ Le Quartier Général :
La majorité des pépites citées ici se trouvent dans les Alpes. Explorez les Lacs d’Auvergne-Rhône-Alpes. -
🎣 Pour les chasseurs d’Ombles :
L’altitude est le royaume des salmonidés. Préparez vos lignes avec les Meilleurs Lacs pour la Pêche. -
🥶 Trop froid pour vous ?
Si vous préférez l’eau tiède et le farniente, filez voir notre sélection des Lacs pour la Baignade (garantis sans hypothermie). -
📸 Juste pour les yeux :
L’altitude n’est pas le seul critère de beauté. Retrouvez la crème de la crème dans Les Plus Beaux Lacs de France.
Rédigé par Phil, Indiana Jones des lacs de France (dans ses rêves). En savoir plus sur l’auteur