LACS DE MONTAGNE : LÀ OÙ L’EAU GÈLE ET LES MOLLETS BRÛLENT
Il y a quelque chose de fondamentalement absurde dans l’alpinisme lacustre. On sue, on souffle comme des boeufs asthmatiques, on maudit la gravité, tout ça pour aller regarder de l’eau. Mais attention, pas n’importe quelle eau. Une eau glaciale, immobile, qui te regarde de haut en bas et te rappelle que tu es tout petit. C’est le paradoxe de l’altitude : il faut monter très haut pour trouver la surface la plus plane du monde.
⏱️ Le Casting Minute : Quel lac d’altitude est fait pour toi ?
Tu n’as pas le souffle pour tout lire ? Voici la sélection express pour épargner tes globules rouges :
- Le « Must-See » (l’incontournable) : Le Lac Blanc (Pour la photo que tout le monde a, mais en mieux).
- L’outsider (pour éviter la foule) : Le Lac d’Allos (Tellement grand qu’on oublie les autres).
- Le choix des puristes (technique/sauvage) : Le Lac de Capitello (Ça grimpe sec, les tongs sont proscrites).
- Le choix confort (accessible/aménagé) : Le Lac de Gaube (Merci le télésiège, la triche est autorisée).
- La pépite visuelle (Instagram friendly) : Le Lac d’Oô (Une cascade, ça fait toujours son petit effet).
🏔️ Note sur l’altitude et l’humilité
Qui dit lac de montagne, dit écosystème fragile. L’eau y est froide, la biodiversité y lutte pour survivre. On évite de se baigner tartiné de crème solaire (les poissons détestent le monoï) et on redescend ses déchets. Là-haut, il n’y a pas d’éboueurs, juste des marmottes qui vous jugent.
Le Top 5 : Quand la récompense vaut la bavante
Voici les stars. Ceux qui justifient de se lever à 5h du matin et d’avaler du dénivelé positif jusqu’à ce que tes cuisses demandent le divorce.
1. Le Lac Blanc (Haute-Savoie) : Le narcissique des Alpes
Lac Blanc
C’est la Joconde de la Haute-Savoie. Tout le monde veut le voir, et il faut jouer des coudes. Perché à 2 352 mètres dans les Aiguilles Rouges, ce lac a une fonction principale : servir de miroir au Mont-Blanc qui lui fait face. L’effet est saisissant. Par temps calme, on ne sait plus où s’arrête la montagne et où commence l’eau.
Côté sociologie, c’est un festival. On y croise le trail-runner qui monte en courant sans transpirer (énervant) et le touriste en jean qui regrette ses choix de vie (touchant). Le vrai patron des lieux, c’est le bouquetin. Il est là, posé sur son rocher, blasé par les objectifs Canon, attendant patiemment que tu lâches un bout de sandwich.
- Le prix de la vue : Une difficulté « moyenne », mais une fréquentation « expert ».
- Le détail qui tue : Les deux bassins souvent séparés par un isthme de pierre, parfait pour jouer les équilibristes.
Carnet de Bord : Lac Blanc
- Massif : Aiguilles Rouges (Chamonix)
- Altitude : 2 352 m
- Le spot : Miroir du Mont-Blanc
- Chiens : ⛔ Interdits (Réserve Naturelle)
- Bivouac : ⛔ Interdit au bord du lac
- Le conseil : Dormez au refuge pour le lever de soleil, sinon partez à 6h du mat’.
2. Le Lac d’Allos (Alpes-de-Haute-Provence) : La mer intérieure
Lac d’Allos
Ici, on change d’échelle. Oublie la petite flaque sympathique où l’on fait le tour en dix minutes. À 2 228 mètres, le Lac d’Allos est le plus grand lac naturel d’altitude d’Europe. C’est une immense caldeira silencieuse gardée par des tours de grès qui virent à l’ocre au coucher du soleil.
Ce qui frappe ici, c’est l’espace. On respire large. Les pelouses alpines qui l’entourent sont le terrain de jeu d’une colonie de marmottes probablement syndiquées, tant elles sont nombreuses et vocales. C’est l’endroit idéal pour réaliser que nous ne sommes que des invités temporaires dans leur salon. Dormir au refuge sur la rive permet de voir les étoiles se noyer dans le lac une fois les randonneurs à la journée redescendus.
🧐 Le Savoir Inutile
Le lac a été formé par les glaciers du quaternaire, mais une légende locale préfère raconter qu’il s’agit des larmes d’un géant biblique. Scientifiquement douteux, mais poétiquement acceptable.
Carnet de Bord : Lac d’Allos
- Massif : Mercantour (Haut-Verdon)
- Altitude : 2 228 m (Profondeur 50m)
- Le spot : Plus grand lac naturel d’altitude
- Chiens : ⛔ Interdits (Cœur de Parc National)
- Bivouac : ⛔ Interdit (Refuge sur place)
- Le conseil : Parking du Laus souvent complet/payant, réservez ou prenez la navette !
3. Le Lac de Gaube (Hautes-Pyrénées) : Le blockbuster accessible
Lac de Gaube
Le Lac de Gaube, c’est la démocratisation de la haute montagne. Situé à 1 725 mètres au-dessus de Cauterets, il réussit l’exploit de réunir l’alpiniste chevronné en route pour le Vignemale (le plus haut sommet des Pyrénées françaises, rien que ça) et la famille venue pique-niquer en baskets.
Pourquoi ce mélange des genres ? Parce qu’on peut tricher. Un télésiège depuis le Pont d’Espagne mâche le travail. Résultat : une ambiance de « plage d’altitude » assez unique. Mais levez les yeux : au fond du lac, la face nord du Vignemale et ses glaciers (ou ce qu’il en reste) imposent le respect. C’est une carte postale vivante où le bleu de l’eau tranche avec le blanc des névés éternels.
Carnet de Bord : Lac de Gaube
- Massif : Pyrénées (Cauterets)
- Altitude : 1 725 m
- Le spot : Vue mythique sur le Vignemale
- Chiens : ✅ Autorisés en laisse
- Bivouac : ✅ Autorisé (19h à 9h)
- Le conseil : Idéal familles. Flemme de marcher ? Prenez le télésiège du Pont d’Espagne.
4. Le Lac d’Oô (Haute-Garonne) : Le concert de l’eau
Lac d’Oô
Son nom ressemble à une onomatopée, et c’est exactement le bruit que vous ferez en arrivant. « Oh ! ». Ce lac artificiel à 1 504 mètres est une arène naturelle. La star ici n’est pas le lac lui-même, mais la gigantesque cascade de 275 mètres qui s’y fracasse. C’est bruyant, c’est humide, c’est vivant.
Pour l’atteindre, il faut payer son tribut au GR10 : une montée en lacets dans la forêt, monotone et hypnotique. C’est le prix à payer pour le spectacle final. C’est le genre d’endroit où l’on se sent tout petit face à la puissance hydraulique. Les plus courageux (ou les masochistes) continueront vers le lac d’Espingo, là-haut, tout là-haut, pour retrouver le silence.
Carnet de Bord : Lac d’Oô
- Massif : Pyrénées (Luchonnais)
- Altitude : 1 504 m
- Le spot : La cascade de 275m
- Chiens : ✅ Autorisés en laisse
- Bivouac : ✅ Autorisé (mais très fréquenté)
- Le conseil : Ne vous arrêtez pas au barrage, montez au col d’Espingo pour la vraie vue.
5. Le Lac de Capitello (Corse) : Le grand bleu austère
Lac de Capitello
On termine avec le cousin sombre de la famille. Si le Lac de Melo (son voisin du dessous) est une invitation à la détente, Capitello, à 1 930 mètres, est une forteresse. C’est le lac le plus profond de Corse, et ça se voit : l’eau est d’un bleu marine intense, presque noire, enfermée dans un cirque granitique vertical.
Ici, fini la rigolade. L’accès demande de mettre les mains, avec quelques chaînes et échelles pour pimenter l’affaire. On y croise des névés même en juillet, rappelant que la Corse est une montagne dans la mer, et pas juste une plage. L’ambiance y est dramatique, sublime et silencieuse. C’est le cœur sauvage du GR20 qui bat ici.
Carnet de Bord : Lac de Capitello
- Massif : Monte Rotondo (Restonica)
- Altitude : 1 930 m (Lac le plus profond de Corse)
- Le spot : Ambiance minérale et sauvage
- Chiens : ⚠️ Déconseillés (Passages échelles/chaines)
- Bivouac : ⛔ Interdit strictement
- Le conseil : Accès difficile depuis les crues. Départ Pont de Frasseta = rando sportive !
Tour de France de l’Oxygène Rare : À chaque massif son ambiance
La France est géologiquement bipolaire, et c’est tant mieux. Entre les pics acérés des Alpes qui jouent à « qui a la plus grosse (altitude) » et les rondeurs volcaniques du Massif Central qui cachent des abysses, l’ambiance change radicalement. Voici ton menu à la carte, région par région.
🏔️ Les Alpes du Nord : Le royaume de la démesure
Ici, c’est le show-business de la montagne. Tout est grand, blanc, vertigineux. Les sommets dépassent les 3000m sans forcer, et les glaciers pleurent (littéralement) dans des vasques émeraude.
- Le Lac des Vaches (Vanoise) : Une curiosité géologique qui permet de marcher sur l’eau (ou presque). Un sentier de dalles traverse le lac à fleur d’eau. C’est ludique, c’est photogénique, et ça permet de se prendre pour un prophète le temps d’une traversée, les chaussures de rando en plus.
- Le Lac de Roselend (Beaufortain) : D’accord, il y a un barrage. Mais quel barrage ! Et quelle couleur ! Pour les puristes qui reniflent devant le béton, poussez jusqu’au Lac de la Gittaz juste à côté. C’est sauvage, c’est minéral, et on y oublie la main de l’homme.
- Le Lac du Crozet (Belledonne) : Une « piscine à débordement » naturelle. Vu sous le bon angle, l’eau semble se déverser directement dans la vallée du Grésivaudan, des kilomètres plus bas. Vertigineux.
Lac de Roselend
☀️ Les Alpes du Sud : Mélèzes, soleil et accent chantant
On garde l’altitude, mais on rajoute 300 jours de soleil par an. Ici, les sapins sombres laissent place aux mélèzes qui s’enflamment en orange à l’automne. C’est la haute montagne, mais avec une odeur de thym qui remonte des vallées.
- La Vallée de la Clarée : Ce n’est pas un lac, c’est un chapelet de perles (Lac des Béraudes, Lac Long, Lac Rond). L’eau y est d’une pureté insultante pour l’eau du robinet. C’est si beau que ça en devient presque kitsch.
- Le Lac du Lauvitel (Écrins) : Le QG des marmottes des Écrins. C’est le plus grand du massif, accessible par une montée en forêt qui chauffe juste ce qu’il faut. Idéal pour le pique-nique, à condition de surveiller son saucisson (voir point sur les marmottes).
- Le Lac Sainte-Anne (Queyras) : Une eau émeraude au pied d’une paroi rocheuse austère (la Font Sancte). Il y a une chapelle au bord, ce qui ajoute une touche mystique. On y monte pour se rincer l’âme et les yeux.
Lac du Lauvitel
🧪 Minute Science : Pourquoi ce bleu ?
Tu t’es déjà demandé pourquoi certains lacs d’altitude ressemblent à du Canard-WC ou à du lait menthe ? C’est la « farine glaciaire ». Le glacier rabote la roche en fines particules qui restent en suspension dans l’eau et diffractent la lumière. Moins poétique que « les larmes des fées », mais bon à savoir pour briller en société.
🐻 Les Pyrénées : Le caractère sauvage
Moins aménagées, plus brutes, les Pyrénées sont le terrain des puristes. Ici, on ne dit pas « lac » mais souvent « étang » ou « laquette », mais ne t’y trompe pas : ça grimpe dur.
Lac d’Ayous
- Le Lac d’Ayous (Béarn) : C’est LE spot. Le Pic du Midi d’Ossau (« Jean-Pierre » pour les locaux, ne demande pas pourquoi) s’y reflète avec une symétrie parfaite. C’est l’image d’Épinal des Pyrénées, celle qu’on met sur les boîtes de chocolats, mais en vrai.
- Les Lacs du Néouvielle : Une réserve naturelle qui ressemble à un jardin japonais sous stéroïdes, avec des pins à crochets torturés par le vent. L’accessibilité est facilitée par des navettes, donc attends-toi à ne pas être seul au monde.
- Les Étangs de Camporells (Capcir) : On se croirait en Scandinavie. C’est plat, c’est ouvert, c’est constellé de points d’eau. Le paradis du bivouac pour ceux qui aiment se réveiller avec du givre sur la tente.
🌲 Moyenne Montagne : Ne jamais sous-estimer un volcan
Ce n’est pas parce que ça culmine moins haut que ça ne vaut pas le détour. Vosges, Jura et Massif Central offrent des ambiances plus intimes, souvent chargées de légendes sombres.
- Le Lac Pavin (Auvergne) : Un cercle parfait de 92m de profondeur. C’est un « maar » (cratère d’explosion). L’eau est sombre, l’ambiance est lourde, presque inquiétante. On raconte qu’il n’a pas de fond. C’est faux, mais évite de laisser tomber tes clés.
- Le Lac Blanc (Vosges) : Le frère homonyme de celui des Alpes, mais en version vosgienne. Dominé par le rocher Hans, il a des airs alpins surprenants. C’est brut, c’est froid, c’est beau.
- Le Lac des Truites (Vosges) : Le plus haut du massif. Il se mérite, mais la récompense est double : la vue sur le cirque glaciaire et la ferme-auberge qui sert des « repas marcaire » roboratifs. Parce que la marche, ça creuse.
Lac des Truites
Dis-moi qui tu es, je te dirai où aller
On n’a pas tous envie de cracher ses poumons pour voir une flaque d’eau, aussi bleue soit-elle. Parfois, on a des enfants qui hurlent, parfois on veut juste pêcher en silence loin des humains, et parfois, on a la naïveté de vouloir se baigner. Voici le casting.
👶 Pour les « Sherpas de la couche-culotte » (Famille & 0 effort)
Tu as un porte-bébé, une glacière et l’envie de voir du beau sans hypothéquer tes genoux ? C’est par ici.
- Le Lac Vert (Passy, Haute-Savoie) : L’arnaque parfaite (dans le bon sens du terme). On se gare, on fait cinquante pas, et boum : le Mont-Blanc en cinémascope et une eau émeraude transparente. Le tour se fait en 15 minutes en traînant les pieds. Idéal pour faire croire sur Instagram que tu es un grand aventurier.
- Le Lac de Payolle (Hautes-Pyrénées) : On l’appelle le « Petit Canada ». C’est un plateau immense, vallonné, rassurant. Pas de précipice, juste des sapins, des chevaux et des pelouses infinies pour que les gamins courent jusqu’à l’épuisement (le leur, et par extension, le tien).
- Le Lac des Confins (La Clusaz) : Au pied des combes des Aravis. C’est accessible en voiture, c’est plat, il y a des chèvres à côté et des passerelles en bois. C’est la montagne version « carte postale confort ».
Lac de Payolle
🏊 Pour les otaries (Baignade & Frissons)
⚠️ La réalité froide de la baignade en altitude
Soyons clairs : au-dessus de 2000m, l’eau est à 12°C les bons jours. Se baigner là-haut, ce n’est pas du loisir, c’est de la cryothérapie médicale ou du masochisme. De plus, c’est souvent interdit (crème solaire vs écosystème). Pour faire trempette sans finir en glaçon, vise plus bas.
- Le Lac d’Aiguebelette (Savoie) : L’imposteur de ce classement. Il n’est qu’à 361m d’altitude, mais chut. C’est le lac le plus chaud (28°C), enchâssé dans la montagne. Ici, on ne joue pas les héros, on profite.
- Le Lac de Serre-Ponçon (Hautes-Alpes) : La mer à la montagne. C’est artificiel, c’est immense, et le Pic du Morgon veille au grain. On y fait du bateau, on nage, on oublie qu’on est dans les Alpes jusqu’à ce qu’on lève la tête.
Lac de Serre-Ponçon
⛺ Pour les ours mal léchés (Bivouac & Pêche)
Tu cherches le silence, le vrai ? Celui qui siffle dans les oreilles quand le vent s’arrête ?
Étang d’Araing
- Les Lacs des Sept Laux (Belledonne) : Un univers minéral, dur, presque lunaire. Entre le Lac Cottepens et le Lac de la Motte, trouver un carré d’herbe plat pour la tente relève de la chasse au trésor, mais le coucher de soleil sur les rochers vaut toutes les courbatures.
- Les Lacs de la Tempête (Beaufortain) : Rien que le nom annonce la couleur. On y monte pour taquiner la truite et l’omble chevalier. C’est sauvage, ça se mérite, et les poissons y ont la paix (sauf si tu es doué).
- L’Étang d’Araing (Pyrénées) : Au pied du Pic du Crabère. C’est austère, c’est grandiose. Le matin, quand le soleil tape les sommets alors que tu es encore dans l’ombre glaciale, c’est un moment de grâce absolue.
Le Juge de Paix : Comparatif Technique
Parce qu’à un moment donné, il faut parler chiffres pour savoir si tes mollets vont tenir le choc.
| Nom du Lac | Massif | Altitude | Effort (A/R) | Difficulté | Baignade ? | Logistique |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Lac Blanc | Chamonix | 2 352 m | 4h00 (ou 2h30 triche téléphérique) | Moyenne | ❌ Non (Réserve) | Flégère (Payant) |
| Lac d’Allos | Mercantour | 2 228 m | 1h30 | Facile | ❌ Non (Parc National) | Parking Laus (Payant) |
| Lac de Gaube | Pyrénées | 1 725 m | 2h30 (30 min si télésiège) | Facile | ⚠️ Tolérée (Froide) | Pont d’Espagne (Payant) |
| Lac de Capitello | Corse | 1 930 m | 7h00+ (Voir note*) | 🥵 Difficile | ❌ Non | Accès complexe |
| Lac d’Oô | Pyrénées | 1 504 m | 2h30 | Facile | ❌ Non (EDF) | Granges d’Astau |
| Lac du Lauvitel | Écrins | 1 530 m | 3h00 | Moyenne | ❌ Non (Réserve) | La Danchère |
| Lac des Vaches | Vanoise | 2 318 m | 2h30 | Moyenne | ❌ Non | Pralognan |
| Lac Pavin | Auvergne | 1 197 m | 1h00 (le tour) | Promenade | ❌ Non (Dangereux) | Accès direct |
Données et sources utilisées
- Parcs Nationaux de France
- IGN
- Refuges CAF
🚨 Mise à jour importante (Corse – Capitello)
Si tu as un vieux guide papier, brûle la page. Suite aux intempéries dans la vallée de la Restonica, l’accès au parking supérieur est impossible. Le départ se fait désormais plus bas (Pont de Frasseta), ce qui double le temps de marche. C’est devenu une vraie bavante d’expert. Prévois l’eau, le mental, et un départ à l’aube.
Guide de Survie : Ne pas passer pour un touriste (et rester en vie)
La montagne n’est pas un parc d’attractions. C’est un milieu hostile qui se déguise en carte postale. On ne monte pas voir un lac d’altitude comme on va à la plage. Ici, l’oxygène est une denrée rare et la météo est bipolaire. Voici comment gérer l’affaire.
📅 Le Timing : La loterie des saisons
Tu penses que parce qu’il fait 30°C à Lyon, la neige a fondu à 2500m ? Mignon.
- Mai – Juin (La fausse bonne idée) : C’est le piège classique. En bas, c’est l’été. En haut, c’est la « débâcle ». Les lacs sont encore à moitié gelés (c’est beau) mais les sentiers sont de la gadoue glissante ou des névés traîtres (c’est moche).
- Juillet – Août (La fourmilière) : Tout est accessible, les fleurs explosent, les marmottes sont grasses. Le problème ? Tu n’es pas seul. La règle d’or : partir avant 8h. À 14h, les orages arrivent pour punir les lève-tard.
- Septembre – Octobre (Le graal) : L’air est sec, la lumière est rasante, les mélèzes deviennent oranges. Il fait froid, certes, mais tu auras le lac pour toi tout seul. C’est le moment des poètes et des photographes.
🎒 Le Dress-Code : L’oignon est ton ami
Oublie le style. Là-haut, le but est de survivre aux écarts de température. On applique la règle des 3 couches, comme un oignon :
- Aux pieds : Les tongs sont interdites par la convention de Genève du bon sens. Il faut de l’accroche (Vibram) et du maintien. Une cheville tordue à 3h de marche de la voiture, c’est une anecdote qu’on ne raconte qu’une fois guéri (6 mois plus tard).
- Sur le dos : Même en plein août, prends une polaire et un coupe-vent. Dès que tu t’arrêtes, la sueur refroidit et le vent des cimes te rappelle qui est le patron.
- Dans le sac : De l’eau (1,5L minimum, ne bois pas celle du lac, les vaches font pipi dedans plus haut), et des lunettes de soleil classe 3 ou 4. La réverbération sur l’eau et la neige brûle la rétine plus vite qu’un laser.
🐕 Le Boss du coin : Le Patou
Tu croiseras sûrement des gros chiens blancs au milieu des moutons. Ce ne sont pas des peluches, ce sont des tanks de protection. S’il aboie et court vers toi :
- Ne cours pas (tu perdras).
- Ne crie pas (ça l’énerve).
- Ne le regarde pas dans les yeux (c’est une déclaration de guerre).
Arrête-toi, parle-lui doucement (« C’est bien mon chien, je ne mange pas de mouton »), et contourne le troupeau au large.
🌿 L’écologie : Ne sois pas ce gars-là
Les lacs de montagne sont des sanctuaires. Ta trace doit être invisible.
- Le Bivouac : C’est toléré (généralement 19h-9h), mais pas partout (interdit au Lac d’Allos par exemple). On ne fait pas de feu au sol (le sol met 100 ans à s’en remettre), on ne met pas de musique. C’est toi, les étoiles, et c’est tout.
- La « Baignade » : Si tu es assez fou pour te baigner, pitié pour les tritons : pas de crème solaire chimique. C’est un poison violent pour la faune aquatique. Rince-toi à l’eau claire ou utilise du minéral bio.
- Les déchets : Une peau de banane met jusqu’à 2 ans à se dégrader à cette altitude. Redescends tout. Absolument tout.
FAQ : Les questions qu’on n’ose pas poser
🏆 C’est lequel le « vrai » plus beau lac de montagne ?
Si on doit être objectif (c’est dur), le podium se joue entre le Lac Blanc (pour le Mont-Blanc), le Lac d’Allos (pour la grandeur) et le Lac de Gaube (pour l’ambiance pyrénéenne). Mais le plus beau, c’est souvent celui où tu as le plus souffert pour arriver.
🏊 Je risque quoi si je me baigne ?
À part une hypothermie ? Une amende. Dans les Parcs Nationaux (Vanoise, Mercantour, Écrins…), la baignade est souvent interdite pour protéger l’écosystème. Ailleurs, c’est à tes risques et périls. L’hydrocution n’est pas une légende urbaine à 12°C.
🚙 J’ai la flemme de marcher, je vais où ?
On ne juge pas. Pour voir de l’eau montagnarde sans suer, direction le Lac de Serre-Ponçon (Hautes-Alpes), le Lac de Roselend (Savoie) ou le Lac des Confins (Haute-Savoie). Tu te gares, tu sors la chaise pliante, tu profites.
🎣 Je peux pêcher mon repas ?
Oui, si tu as le permis (carte fédérale + option locale souvent). On y trouve de la truite fario, de l’omble chevalier et du cristivomer. Mais attention, les gardes-pêche sont comme les chamois : ils voient tout et grimpent vite.
Le mot final : Ce qu’il faut retenir de l’altitude
Au fond, pourquoi s’infliger tout ça ? Pourquoi monter là-haut pour voir de l’eau qu’on a déjà en bas ? Peut-être parce que les lacs de montagne sont les derniers endroits où le silence a une forme. Ils nous rappellent que la nature n’a pas besoin de nous pour être belle. Elle était là avant nos selfies, elle sera là après. C’est une leçon d’humilité à ciel ouvert. Alors grimpez, suez, admirez, et surtout : ne laissez rien derrière vous, à part l’empreinte de vos chaussures.
👉 Pour aller plus loin (si tes genoux tiennent encore) :